La Guerre des Images : huis clos dans la réserve, la querelle des anciens et des modernes

La Guerre des Images aux Plateaux Sauvages : dans la réserve d’un musée, Charles Chauvet organise un huis clos entre quatre personnages tranchés. Le thriller mêlant pression et humour m’a globalement convaincu, l’explosion finale m’a déstabilisé et laissé sur un sentiment mitigé

Sur la scène, dans la pénombre, un homme ganté de noir menace une femme d’un couteau. Elle se débat s’enfuit, bouscule ce un tableau, se cogne dans une table. Un cri. Du sang. Des rires. Sur sa chemise, le mot MUSEUM. Tu ne m’as pas ratée ! J’étais tellement dans l’intensité du truc…

On est dans la réserve d’un musée, une exposition autour de l’Incrédulité de Saint Thomas, un tableau du Caravage va ouvrir dans quelques jours, après la fermeture. Ils sont quatre, enfermés. La Curatrice de l’exposition, survoltée. L’Artiste, blessé, des œuvres expérimentales. Le Rénovateur, frustré, que tout irrite, le sang, le bruit… La Gardienne, investie dans sa mission. Des machines, Alarme, Scanner, qui semblent avoir une vie propre. Dans ce temps où les revendications se peignent sur les tableaux exposés, la Gardienne a cru apercevoir une silhouette dans une salle normalement vide, elle cherche. L’exposition n’est pas installée, la pression augmente, la tension monte, les personnages se confrontent. Plus tard, tout explosera, et la pièce deviendra performance.

Il y a de très jolies choses dans La Guerre des Images que Charles Chauvet a écrit et mis en scène, le texte est efficace, la mise en scène est active, la scénographie est intéressante. Ses personnages sont tranchés, chacun d’eux poursuit sur sa ligne sans se chercher, leur confrontation embarque le spectateur qui attend l’explosion finale qui ne manquera pas d’arriver. L’action prend le temps, au prix d’un rythme qui semble parfois un peu lent, de laisser les détails et les travers se dévoiler, le spectateur s’amuse autant qu’il s’inquiète.

Sur scène, Mireille Herbstmeyer, la Gardienne, domine la distribution, elle a le calme et la puissance des vieux grognards de la Garde Impériale de Napoléon. Lucas Besse donne un bel artiste hypersensible et angoissé, face à un Rénovateur craintif intéressant incarné par Matthias Hejnar. Isabel Aimé Gonzalez Sola m’a semblé très appliquée, plus à l’aise dans l’action que dans l’introspection.

On ne voit vraiment que ce qu’on comprend… dit l’un des personnages. J’ai compris toute la partie thriller du spectacle, ce huis clos bien foutu que j’ai savouré dans le détail tout autant que la pression qui montait petit à petit. J’ai souri, j’ai ri de l’importance attachée à une dent. Le plus important c’est ce qu’on ne comprend pas… ? Alors je suis passé à côté du plus important, la séquence finale, quand le spectacle a basculé dans la recherche de la performance artistique, quand la forme l’a emporté sur le fond, je crois que j’ai raté le fond.

En conclusion ? Un avis partagé sur la Guerre des Images dont je suis sorti presque convaincu, un peu déstabilisé. Si vous allez voir la pièce, vous m’expliquez la fin ?

Aux Plateaux Sauvages jusqu’au 07/12/24
Du lundi au vendredi : 19h00; samedi : 16h30
Durée : 1h30

Texte : Charles Chauvet
Mise en scène : Charles Chauvet
Avec : Isabel Aimé Gonzalez Sola, Lucas Besse, Matthias Hejnar, Mireille Herbstmeyer
Compagnie : Compagnie Fleuve de Janvier

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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