
Le Fleuve, conférence dérapante : Gabrielle Bouleau, spécialiste de l’eau et de la Seine, raconte l’eau évidente, décode les motifs du fleuve, dit l’effet du climat qui se réchauffe. Avec la patte du Singe Debout et les interventions zoomorphes de Cyril Casmèze, le message porte et se grave dans l’esprit du spectateur.
Sur la scène, tout ce qui va bien pour une conférence, écran, pupitre, table. Plus une demi sphère de plexiglas, remplie d’eau et d’une éponge autour de laquelle on aperçoit une gamme d’accessoires de formes et de matières diverses. Une clarinette basse. En front de scène, posée, une longue toile bleue. Jean-François Hoël prend sa place de musicien bruiteur, entre bruits d’eau et musique métallique. Avoir l’eau à la bouche. Comme un poisson dans l’eau…
Notre imaginaire est gonflé d’eau, à Paris en 2024, l’eau de la Seine est une évidence parfois trop abondante. Gabrielle Bouleau, spécialiste des politiques de l’eau à l’INRAE, va nous rappeler que ça n’est pas partout pareil, que ça n’a pas toujours été le cas, que c’est en train de changer. Depuis le XVIIIe siècle, l’eau a été domestiquée, pour la navigation, l’électricité, l’irrigation. L’eau qui coule à nos robinets, dont on a oublié d’où elle vient. Le réchauffement climatique et ses effets amplifiés, sécheresses et inondations. Gabrielle Bouleau parle des motifs du fleuve, aux deux sens du mot. Elle dit l’eau politique qui concentre les richesses en allant d’amont en aval, les choix politiques, méga bassines ou pas ? si oui pourquoi ? Elle dit le fleuve qui nous rassemble.
En Madame Loyale, qui donne le rythme, Jade Duviquet. Même si son sujet est décapant, une conférence qui suit les codes, ça peut vite être barbant. Avec la patte du Singe Debout, la conférence devient dérapante, ponctuée par les musiques-bruitages de Jean-François Hoël, et les interventions de Cyril Casmèze, le comédien zoomorphe, il porte les voix de la faune qui vit du fleuve. Le voilà tout à tour chien, sanglier, crocodile… et même ballerine étonnement légère, pour le plaisir de la salle.
Avec le Singe Debout, la conférence devient spectacle, le thème décapant franchit les bornes, s’assied sur les codes installés (TED compris), emporte le spectateur dans une forme aussi improbable que captivante, une forme efficace, le message est nécessaire, il porte, et c’est ça l’essentiel.
Il y a d’autres Conférences Dérapantes. Si l’une d’elles passe près de chez vous, n’hésitez pas, la mise en scène de Jade Duviquet et la performance de Cyril Casmèze rendent la transmission aussi joyeuse qu’efficace.
Au Théâtre de la Reine Blanche le 26/11/24
Durée : 1h20
En tournée : voir le site de la compagnie
Mise en scène : Jade Duviquet
Avec : Gabrielle Bouleau : spécialiste des politiques de l’eau à l’INRAE / Cyril Casmèze : comédien, performeur zoomorphe / Jade Duviquet : comédienne / Jean-François Hoël : musicien bruiteur
Compagnie : Le singe debout
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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