
Les Deux Déesses au Théâtre Gérard Philippe – CDN de Saint Denis : une belle création de Pauline Sales qui revisite le mythe de Perséphone, lui donne la forme d’une comédie musicale, explore la relation mère fille. Une création réussie, onirique, à savourer
Sur la scène, une plateforme de bois, derrière un voile. Une batterie, une guitare, un violoncelle, un clavier. Une vieille femme entre en scène, assise sur un fauteuil roulant, poussée par une jeune femme bienveillante qui l’incite à se lever, lui met un casque. Ca commence par une note qui reviendra souvent… Plus tard, le voile s’ouvre, Demeter et Poseidon sont allongés. Arrête…
Pauline Sales revisite le mythe de Perséphone, une histoire belle et glauque, c’est souvent le cas dans la mythologie. Vous croiserez Demeter, Zeus, Hélios, Hadès, Charon, des paysans siciliens. Une leçon désabusée de politique appliquée, On croit toujours que ceux qui décident dirigent, c’est faux, ils font avec. Surtout, Pauline Sales explore la relation entre une mère et sa fille dans un monde où le patriarcat règne. Une fille enlevée à sa mère, une mère qui cherche sa fille. Une fille qui mûrit, une mère qui vieillit.
Les Deux Déesses prend la forme d’une comédie musicale où les parties chantées distillent parfois leur flow dans les parties jouées, Pauline Sales explore les possibilités du genre. Dans un décor épuré, un voile, une plateforme transformable, un vieil olivier, sa mise en scène joue de la lumière, des costumes. C’est beau, parfois hypnotique.
Sur scène, ils sont huit. Mélissa Acchiardi, Clémentine Allain, Antoine Courvoisier, Nicolas Frache, Aëla Gourvennec, Claude Lastère, Élizabeth Mazev, Anthony Poupard. Acteurs, chanteurs, musiciens, pour porter la galerie de personnages. Vous verrez Demeter traverser tous les âges de la vie, une expérience qu’on doit traverser. Vous verrez Perséphone s’imposer dans un monde d’hommes tout en prenant soin du lien qui l’unit à sa mère, jusqu’au moment où elles sauront se le dire l’une à l’autre dans une belle leçon de vie dont on aimera emporter le texte avec soi, un texte qui ne dit rien de nouveau, un texte qui dit tout.
Me perdre
Me retrouver
Me retrouver différente
Me voir moins souvent
Me laisser grandir
Me laisser vivre sans toi
Ne pas penser que je meurs forcément
Ne pas penser au pire tout le temps
Me laisser connaître ma part d’enfer
Me laisser risquer la mort
Vouloir le meilleur en sachant que tu n’y es pas
Accepter que je naisse au moins une seconde fois sans toi
Apprendre à supporter ton absence
Apprendre à te partager
Apprendre à ne pas surveiller tes pas
Apprendre à vivre sans toi
Apprendre à vieillir
Apprendre à ne pas savoir de quoi tes rêves sont faits
Apprendre à les désapprouver
Tes rêves
Tes choix
Ce qui fait que tu es en dehors de moi
Te laisser aller et venir
J’aime le travail de Pauline Sales, son approche qui ancre un certain onirisme dans la réalité. Elle sait prendre le temps de développer son arc narratif. Même si certains tableaux m’ont un peu perdu, j’ai savouré sa vision de Demeter objet de la concupiscence des Dieux qui leur échappe et se bat jusqu’à son dernier souffle, sa vision d’une Perséphone qui choisit son destin. Un beau spectacle, bien interprété, qui mérite que vous alliez le voir.
Si vous êtes mère, emmenez-y votre fille. Si vous êtes fille, emmenez-y votre mère. Si vous y réunissez vos trois générations, vous vous sourirez la gorge serrée en sortant.
Au Théâtre Gérard Philippe jusqu’au 01/12/24
Du lundi au vendredi : 19h30; samedi : 17h; dimanche : 15h
Durée : 2h00
En tournée :
17/12/24 – Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge
19/12/24 – Théâtre Jacques Carat, Cachan
09/01/25 – agglomération du Mont-Saint-Michel
14/01/25 – L’Estive, Scène National de Foix et de l’Ariège, Foix
05-06/02/25 – MC2, Maison de la Culture de Grenoble
Texte : Pauline Sales
Mise en scène : Pauline Sales
Avec : Mélissa Acchiardi (batterie, percussions), Clémentine Allain, Antoine Courvoisier (clavier), Nicolas Frache (guitare), Aëla Gourvennec (violoncelle), Claude Lastère, Élizabeth Mazev, Anthony Poupard
Compagnie : A l’envi
Visuel : Jean-Louis Fernandez
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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Pauline Sales explore la relation Mère-Fille, le père en moi pourrait dire la même chose à chacun des enfants, fils ou fille, il sait aussi que son rôle est de les accompagner jusqu’à ce qu’ils soient capables de lui dire ce que dit Perséphone à Démeter, d’être là pour eux ensuite
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Pauline Sales explore la relation Mère-Fille, le père en moi pourrait dire la même chose à chacun des enfants, fils ou fille, il sait aussi que son rôle est de les accompagner jusqu’à ce qu’ils soient capables de lui dire ce que dit Perséphone à Démeter, d’être là pour eux ensuite
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