
Saigner des genoux à La Flèche : une classe de collège, la prof mal à l’aise, les ados se découvrent, la cruauté des groupes. Une pièce fine signée Igor Kovalsky qui alterne les séquences jouées et chorégraphiée, servie par une distribution jeune et bluffante. Une pièce politique, qui sait poser un constat sans imposer sa réponse.
Sur la scène, trois chaises font face à un bureau. Au centre, un jerrycan rouge. Musique électro lente, dans le noir des briquets s’allument. La prof a brulé dans la cour devant nos yeux. Nos vies sont figées.
Il y a Madame Canosse, professeur de maths. Marius, qui invente des pas de danse. Yulizh, engoncée dans ses solitudes. Eau, qui veut faire The Voice Kids. Pour eux, la trigonométrie, c’est du chinois. Plus tard, il y aura Doom, qui ne contrôle pas ses réactions. Une jeune prof, mal à l’aise face à une classe qui vit. Ils ont douze ou quatorze ans, ils découvrent le sexe, l’amour, la jalousie. Sous l’œil des réseaux sociaux. C’est le bordel. Un jour, un coup de pied mal placé, Marius est à l’hopital, Madame Canosse lui rend visite, Snap veille. Plus tard, un contact physique involontaire, presque un scandale. Plus tard, tout recommencera.
Saigner des genoux est une pièce écrite et mise en scène par Igor Kovalsky. Alternant séquences jouées et séquences chorégraphiées dans une scénographie dépouillée, Igor Kovalsky décrit le quotidien d’un collège d’où les parents sont aussi absents que l’administration. L’effet amplificateur des réseaux, une enseignante sans expérience qui se retrouve face aux clones de ses anciens copains. Une écriture ciselés, précise, des mots exacts, une mise en scène rythmée qui va entraîner le public. Le constat d’une enseignante qui se cherche laissée face à des ados qui se construisent, chacun est touchant, la bande est destructrice, cruelle, le tout sans vrai cadre ni contrôle. Une question, quand ça se passe mal, qui est responsable, qui est coupable ? Chaque spectateur trouvera sa réponse.
Sur scène, ils sont cinq, ils sont jeunes, ils sont bluffants. Margaux Germay, qui ne lâche jamais le malaise de Madame Canosse. Mélissa Polonie, elle envoie le son, le flow et la présence d’Eau. Loïc Azorin, il sert la large palette des émotions de Marius, on croit à toutes. Denez Raoul, l’embarras de Doom, l’enthousiasme de Damien. Oréade Gagneux Lagrèze, qui donne à Yulizh la visibilité dont le personnage a besoin.
Le collège, une cocotte-minute dont la soupape ne fonctionne pas toujours, parfois l’explosion est dramatique. Une équation dont, génération après génération, on ne trouve pas la solution. A son tour, Igor Kovalsky pose le constat, la question, sans manichéisme, sans imposer de réponse. Il raconte l’effet groupe, il dit l’incohérence systémique. Il le fait finement, en s’appuyant sur une distribution enthousiaste et bluffante. Une pièce à voir en bande autant qu’en famille.
Au Théâtre La Flèche jusqu’au 14/12/24
Samedi : 21h00
Durée : 1h15
Texte : Igor Kovalsky
Mise en scène : Igor Kovalsky
Avec : Margaux Germay, Melissa Polonie, Oréade Gagneux Lagrèze, Denez Raoul, Loïc Azorin
Compagnie : 3.6 NO SCOPE
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Saigner des genoux : qui est responsable quand les années collège virent au drame ?”