Je suis le vent : Jean-Paul Dubois, seul avec le texte de Jon Fosse, magistral et impressionnant

Je suis le vent au Théâtre de Nesle : Jean-Paul Dubois, seul sur scène pour emporter le texte de Jon Fosse, le rend lumineux et évident. Magistral et impressionnant. Du grand théâtre, à voir absolument.

La scène est vide, le son des vagues. Dans la pénombre, Jean-Paul Dubois trébuche, s’effondre. On entend des bouts de phrases… s’ils peuvent le faire… tu m’en as parlé… c’est arrivé… Le son des vagues disparait. Je vais bien. Oui. Je suis parti avec le vent. Je suis parti et je n’existe plus.

Dans Je suis le vent, il y a deux personnes. L’Un dit plus souvent Tu, l’Autre dit plus souvent Je. L’Un est bienveillant, ancré dans la réalité, l’Autre doute, habité par l’incertitude. L’Un et l’Autre sont sur un bateau, ils se dirigent vers une crique, ils abordent. Plus tard, ils se dirigeront vers la haute mer, l’Autre préfèrait regagner la terre ferme. L’Un et l’Autre se parlent, l’Un fait parler l’Autre plutôt. Quand je suis seul et que je n’écoute que moi, il n’y a rien… Un mur cimenté qui se fissure et qui s’effondre en morceaux… Je suis le fissurement, non, je suis le craquement…

Qui sont l’Un et l’Autre, ces deux personnages à qui Jon Fosse donne une parole souvent répétitive, parfois cryptique ? L’Un pourrait être un adulte, l’Autre pourrait être un enfant. Est-ce une histoire qui se déroule ? Est-ce, dans la tête de l’Autre, le souvenir de l’instant où il a pris son envol sous le regard de l’Un ? Petit à petit, leurs interrogations, leurs souvenirs rejoignent ceux du spectateur, le voilà qui se retrouve dans ces mots fins et ciselés.

Sur scène, Jean-Paul Dubois est seul. Seul et impressionnant. Vêtu de lin noir, pieds nus, il est l’Un, il est l’Autre, sans transitions, sans jamais d’ambiguïté. Le travail réalisé pour porter le texte de Jon Fosse est magistral. Sa voix, juste, posée, une musique, un rythme. Des gestes précis, ciselés. Un travail fantastique du regard. Un homme seul, debout sur la scène, en peu de mots, en quelques regards, le spectateur est emporté dans une crique. Quand la magie du théâtre fonctionne, quand la force du comédien crée dans la tête de chaque spectateur un spectacle qui n’existe que pour lui, quand l’immense travail réalisé disparait devant l’évidence, c’est un envoutement.

Jean-Paul Dubois m’a totalement embarqué dans ce voyage. Une image ça veut dire une chose et ça en dit une autre, les mots sont tous comme ça. Parfois une introspection dans les pensées de Jean-Luc Godard. Parfois les souvenirs de l’enfant grandi trop tôt, parfois ceux de son père attendri.

Je suis le vent. Jean-Paul Dubois, seul sur scène pour porter le texte de Jon Fosse. Souligné par les lumières de Maxime Denis. Jean-Paul Dubois est magistral, impressionnant. Une leçon de grand théâtre à voir absolument.

Au Théâtre de Nesle jusqu’au 25/09/24 – Festival 7.8.9
Lundi : 19h00; mardi, mercredi : 21h00
Durée : 1h00

Texte : Jon Fosse
Mise en scène : Jean-Paul Dubois
Avec : Jean-Paul Dubois
Compagnie : Le fil rouge

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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