
Naissances de Benny Betty Bitchy : la magie d’une clown punk qui s’accompagne d’une guitare électrique saturée et dont on comprend les paroles sans le besoin d’un micro. Un seul en scène foutraque qui fonctionne et qui mérite un public mainstream.
Sur la scène, une guitare noire et blanche à la sangle arc en ciel, une valise couverte d’autocollants, une peluche. Par terre, on aperçoit ce qui est peut-être une robe à paillettes rouges, un tee shirt blanc. Sur un bureau, un tout petit ampli pour la guitare. Et un micro, sur son pied. Benny Betty Bitchy va et vient, robe noire, boots à boucle de métal. La salle s’éteint. Bonsoir Paris !
Benny Betty Bitchy pose le contexte, ici, on n’apprend pas, éventuellement on désapprend, rien à voir avec déconstruire. En respectant l’artiste et la personne, en ne mégenrant pas, en envoyant de l’énergie.
Dans Naissances, Benny Betty Bitchy, le personnage, raconte les naissances successives de la personne. Comment iel est né.e, s’est retrouvé.e dans les égouts de la ville, sur le septième continent, s’est révélé.e.
Venu découvrir Naissances, je me suis retrouvé totalement embarqué par ce spectacle foutraque. Par la façon dont le personnage se raconte, sans filtre et avec pudeur. Par son imagination. Ses considérations sur le monde et les vortex de plastique. Ses explications sur les hormones, œstrogène et testostérone, comment (se) les administrer, pourquoi. Son rapport à la judéité, les six/huit genres listés dans le talmud. Par ses chansons, au son d’une guitare saturée qui n’assourdit pas.
Une guitare électrique saturée sans assourdir, une excellente façon de décrire le rendu de Naissances. Un parti pris artistique fort, une histoire claire, porté sans agressivité ni provocation. Avec sensibilité et pudeur. Le spectateur l’entend, l’écoute.
Je n’ai pas reçu Naissances comme un spectacle Drag, ni comme l’apitoiement de l’artiste sur son propre sort. J’ai reçu Naissances comme le seul en scène d’un.e clown punk. Benny Betty Bitchy, le personnage de Willia Bourgine, est un.e clown fin.e, sensible. Drag sans excès. Guitariste et chanteurse punk. Nourri.e de son expérience de femme trans sans être centré dessus, iel raconte une histoire qui a un fond, du sens, une direction . Sensible, touchant.e, avec ses maladresses, son texte étalé en bord de scène, son ampli pas raccordé. Volontaire ou pas, le rendu brut de décoffrage de Naissances renforçait la sincérité et la générosité du message. Il y avait une magie dans cette guitare électrique au son saturé qui n’assourdissait pas, dans les paroles de ces chansons qui passaient presque sans avoir besoin du micro.
Naissances m’a embarqué, artistiquement et par son propos. Le spectacle va évoluer, grandir. Je lui souhaite de garder sa sincérité, sa générosité, je lui souhaite surtout de trouver ses salles et son public. Des salles et un public mainstream, qui viendront écouter la clown punk et ses chansons, entendre son message et son histoire.
Vu à La Reine Blanche le 21/09/24 dans le cadre du festival des Clics et des Sciences
En tournée : le 09/01/25 au WAB (We Are Brewers)
De et par : Willia Bourgine / Benny Betty Bitchy
Visuel : Nicolas Blandin
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur http://www.jenaiquunevie.com
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