Illusions Perdues : Balzac, ramené à l’os par Pauline Bayle, c’est passionnant

Illusions Perdues à l’Atelier : Pauline Bayle adapte Balzac. Sa distillation le rend intemporel, passionnant, concentré sur la comédie des hommes. Un texte à l’os, une mise en scène épurée, une distribution de talent. Un grand et beau moment de théâtre à savourer sans modération

Le rideau est encore baissé, Anissa Feriel entre sur la scène, J’implore de vous…

Un soir à Angoulême, Lucien Chardon (le nom de son père) de Rubempré (celui de sa mère) dit un de ses sonnets. C’est le début des Illusions Perdues de Balzac, que Pauline Bayle a adapté pour la scène. Ramenant le long roman à l’os, elle se concentre sur le parcours initiatique de Lucien. Scène après scène, elle épluche sa candeur, mine sa pureté, il est petit à petit déchiqueté par la bonne société angoumoise, par le grand monde parisien, le petit cénacle de la presse et des libraires. Pour accomplir son rêve, Lucien trahit, est trahi, se ruine. Quand il rencontre l’amour, c’est la mort qui conclut l’histoire. Jusqu’au rebondissement final.

Avec Illusions Perdues, Pauline Bayle démontre son amour des grands textes autant que son talent à les élaguer, à les ramener aux lignes de forces essentielles. Elle s’abstrait des descriptions de la société du milieu du dix-neuvième siècle, laisse de côté tout ce qui concerne l’imprimerie, essentielle dans la vie de Balzac. Quand Balzac documente une époque, expose une société, raconte une histoire, Pauline Bayle distille le texte, le concentre sur l’histoire. Son texte est intemporel, précis, fin, chaque mot est nécessaire. Il trace sa voie, écartèle Lucien, raconte la comédie des hommes, la comédie humaine.

Sur scène, au milieu d’un dispositif quadrifrontal et d’une scénographie dépouillée, j’ai savouré le jeu d’Anissa Feriel qui est Lucien, entourée de Zoé Fauconnet et Manon Chircen, Frédéric Lapinsonnière et Adrien Rouyard qui alternent les rôles, changent à vue de costume et de personnage. Aucun temps mort, la mise en scène est enlevée et rythmée, portée par cette distribution de qualité qui jamais ne lache l’attention du public.

J’ai savouré cette représentation. La description au scalpel de la façon dont un jeune homme amoureux et naïf va voir ses ambitions déchiquetées les unes après les autres, perdre toutes ses illusions. Balzac, allégé dans le bon sens du terme, devenu passionnant. Un grand bravo à Pauline Bayle et à toute sa troupe.

Au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 06/10/24
Du mardi au vendredi : 20h00; samedi : 18h00; dimanche : 17h00
Durée : 2h30 (sans entracte)

Dates de tournée sur le site du Théâtre Public Montreuil

Texte : Honoré de Balzac (adaptation : Pauline Bayle)
Mise en scène : Pauline Bayle
Avec : Manon Chircen, Anissa Feriel, Zoé Fauconnet, Frédéric Lapinsonnière, Adrien Rouyard et la participation de Najda Bourgeois
Compagnie : Compagnie A tire-d’aile

Visuel : photo Simon Gosselin / création Axelle Bourguignon

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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