
La Fin du Début au Théâtre Lepic : Solal Bouloudnine convoque une galerie de personnages pittoresques pour chercher la réponse à la question : Peut-on échapper à la fin ? Un seul en scène attachant et plein d’humour, qui donne autant à réfléchir qu’à rire aux éclats
Sur la scène… un sacré bordel. On est dans la chambre d’un enfant de six ans. Un lit défait, un bureau sale, un aquarium… à l’eau douteuse. Un micro piano, une maison Fisher Price, un micro. Par terre, un chapelet de saucisses, des billets de Monopoly. Le chant des cigales. Solal Bouloudnine est déjà sur scène, tenue de tennis dégoûtante, crème bizarre sur le visage, qui joue au tennis. Projection du 19/20 du 2 août 1992, avant de parler des médailles françaises aux JO, Michel Berger est mort. Solal Bouloudnine prend la parole, « Bonjour, vous avez des questions ? ». Parce la fin fait un peu peur, alors autant commencer par la fin, non ?
Solal Bouloudnine va convoquer une galerie de personnages savoureux pour bâtir un de ces spectacles improbables qui nous font rire d’abord, réfléchir ensuite.
Quand je suis entré dans la salle, je me suis un peu demandé dans quoi j’étais tombé, et quand le spectacle a commencé, j’étais sur ma réserve. Solal Bouloudnine m’a chopé, il m’a embarqué jusqu’au bout de son spectacle. J’ai bien sûr ri en suivant des personnages, son chirurgien (du mou) de père, sa mère juive, le serveur espagnol, la marchande à lunettes. L’institutrice dingue, France Gall maltraitée, un rabbin. J’ai forcément été ému à chaque évocation de Michel Berger, sa mort, sa première télé, sa dernière interview.
Quand je suis sorti, j’avais déjà envie de décanter le spectacle? Pas d’en parler, non. De le laisser continuer de m’imprégner.
On peut voir La Fin du Début pour la suite de sketchs, la galerie de personnages, on passera un moment désopilant.
On peut voir La Fin du Début pour le fil conducteur, l’interrogation sur l’inévitabilité de la fin, à laquelle on ne peut pas échapper même quand on change l’ordre, fin-début-milieu, ça ne change rien de toutes façons, même les bornes intermédiaires sont floues. Ou pour l’autre fil conducteur, Michel Berger, qu’on va retrouver sur scène, à l’écran, par les paroles de ses chansons qui s’insèrent dans le texte. Michel Berger qui est mort dans la maison voisine de celle dans laquelle Solal Bouloudnine passait ses vacances, il avait six ans, c’était la fin de son enfance.
On peut voir La Fin du Début pour le questionnement sous jacent sur les racines, le destin, la non-possibilité d’échapper aux unes comme à l’autre. C’est celui-là qui m’occupait l’esprit à la sortie.
Ou alors on peut juste voir La Fin du Début parce que c’est le seul endroit où on verra Michel Berger interpréter une version orientale de Starmania pendant qu’un micro ondes réchauffe une soupe aux asperges froide préparée par une France Gall décidément pas gâtée. On lui avait prédit le 2 août 1992 qu’elle allait accéder à l’immortalité… sous cette forme là ? Vraiment ?
A un tournant du spectacle, Solal Bouloudnine nous confie que jouer est la seule chose qu’il a commencée enfant et poursuivie adulte. Pour notre bonheur, il n’a pas échappé à ce destin, et la salle l’en a félicité par de grands applaudissements chaleureux
Au Théâtre Lepic jusqu’au 30/12/24
Lundi, mardi : 21h00
Durée : 1h20
Jeu et conception : Solal Bouloudnine
Texte : Solal Bouloudnine & Maxime Mikolajczak, avec la collaboration d’Olivier Veillon
Mise en scène : Maxime Mikolajczak & Olivier Veillon
Compagnie : Miam-Miam
Visuel : Yoann Buffeteau
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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