
Plastique, le Grand Emballement à La Reine Blanche : Nathalie Gontard lance l’alerte, le plastique est un tueur en série, il agit dès sa fabrication, on ne sait pas le recycler. La seule solution : s’en passer. Une conférence dérapante animée par Jade Duviquet et ponctuée par le zoomorphe Cyril Casmèze
Sur la scène, les équipements classiques d’une conférence, écran, pupitre, table, sièges hauts. Une sphère de plastique qui représente la terre. Cyril Casmèze, pieds nus et en short, arrive du fond de la salle, porte la terre comme Atlas. Sur l’écran, des images aux couleurs tranchées, des objets en plastique, des presses, des moules. Bonsoir, vous savez de qui est ce film ?
C’est Le Chant du Styrène. Un court métrage d’Alain Resnais commandé par Péchiney, textes de Raymond Queneau. Dans la salle, quelques personnes le connaissaient. Comme elles se souvenaient que le plastique est une des Mythologies de Roland Barthes, qui anticipait sa présence
Plastique, le grand emballement prend la forme d’un entretien entre Nathalie Gontard, directrice de recherche à INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), experte en sciences trans-disciplinaires des emballages, polymères et aliments, et Jade Duviquet.
Le message principal : le plastique est un tueur en série, silencieux et impitoyable. Certes il est beau, certes il est pratique, mais il est dangereux. Il ne réintègre aucun des cycles biologiques naturels. Il est partout, sous forme de microparticules, de nanoparticules qu’il émet dès sa fabrication, et tout au long de sa phase d’utilisation.
Quels sont les différents plastiques ? Comment le plastique est devenu nécessaire aux différentes transitions ? La bioagriculture, sans pesticides ni trop d’apports : serres, voiles de forçage, voiles d’hivernage, films divers, le plastique est partout dans ce qui est devenu la plasticulture. Les énergies renouvelables, les éoliennes : plastique encore.
On le recyclerait ? Balivernes. Le recyclage, c’est la réutilisation d’un déchet pour produire à nouveau un objet identique. Le « recyclage » du plastique, c’est du décyclage, l’utilisation du déchet pour produire un autre objet. Une veste en polaire à base de bouteilles en PET. Pour produire ces vestes, la consommation de boissons ainsi emballées devient nécessaire ? Pire, le décyclage fait disparaitre des filières traditionnelles qui elles s’inscrivaient dans les cycles biologiques. Vous portez une polaire et pas un pull en laine ? Et si nous revenions à nos moutons.
En France, le sort des plastiques, c’est 5% de décyclage, 1/3 d’incinération, 1/3 de mise en décharge, et le reste est inconnu. Dans les pays les plus vertueux, où 50 % des plastiques consommés sont collectés, la consommation de plastique ne diminue pas, elle augmente. Où est la vertu ?
Nathalie Gontard lance l’alerte. Le plastique est là, installé dans nos vies, pour longtemps ? Il faut nous en passer, le plus possible, chacun à notre échelle individuelle. Diminuer les emballages non nécessaires : shampoing solide, savon plutôt que gel, dentifrice en boule. Pull de laine, et vêtements solides plus que fast fashion. Au niveau collectif, nous en sommes encore aux prémisses de la prise de conscience, sans qu’aucune décision politique ne soit prise.
Plastique, le grand emballement est une des conférences dérapantes proposées par la compagnie Le Singe Debout. Des entretiens scénarisés et mis en scène par Jade Duviquet, ponctués par les apparitions surprenantes de Cyril Casmèze, comédien et performeur zoomorphe. Des conférences nécessaires, dont on trouvera les dates sur le site de la compagnie.
Vu à La Reine Blanche le 06/02/24
Mardi : 20h30
Durée : 1h20
Texte : Nathalie Gontard
Avec : Nathalie Gontard, Cyril Casmèze, Jade Duviquet
Mise en scène : Jade Duviquet
Compagnie : Le Singe Debout
Visuel : Festival BioViv’art 2022
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
Pour suivre au mieux toutes nos actualités, vous pouvez nous suivre sur TikTok, Youtube, Instagram, X, Threads, la chaine WhatsApp