
Holidays de Kelian Garau avec Wanda Bernasconi : une jeune femme est lâchée dans le grand bain de la vie, avec ses doutes, son enthousiasme et ses connaissances parcellaires pointues. Une allégorie portée par deux jeunes comédiens qui méritent votre attention.
Sur la scène, un rocher de bord de mer, avec ses coquillages et ses algues. Et un scoubidou coloré échoué. Sur une chaise, un abat-jour de l’époque des lampes à pétrole. Dans les cintres, une jeune femme. Pull marin bleu et rouge. Jupe de tulle et collants rouges. Bottes western blanches. Il faut que je vous parle. Elle descend, maladroitement. Monte sur le rocher. Ce matin, je me suis habillée…
On ne connaitra pas son nom. C’est son premier jour, elle est notre guide. On est sur un bateau pour une croisière. Elle se bat contre la technique, elle parle. Peu de sujets pour une guide, en mer. Alors elle parle d’elle. Raconte l’univers de son enfance. Elle a grandi dans une campagne, entourée par des loups et des vautours. Auprès d’un père gentleman farmer. Un oncle témoin de Jéhovah. Elle danse, aussi. Petit à petit elle perd le contrôle, ou le laisse à son côté animal. Jusqu’au naufrage de la fin.
Kelian Garau signe un texte intéressant. L’histoire, la prise de parole plutôt, d’une jeune femme qui a grandi isolée de tout, qui plonge dans un monde auquel elle ne sait pas quoi dire, un monde qu’elle a appris à travers un poste de télévision en noir et blanc, la couleur eût été trop moderne. Il y a des fulgurances, autant dans le texte que dans ses connaissances.
Wanda Bernasconi en donne une jolie interprétation, délivre une belle palette de sensibilités. Sans se laisser déstabiliser par les problèmes techniques, qui n’ont pas manqué lors de la représentation à laquelle j’ai assisté. Elle assume les excès de la mise en scène, et leur donne une teinture de crédibilité.
Si j’ai apprécié le texte et le jeu, j’ai moins été sensible à la mise en scène. Quelques longueurs, des complexités sans autre utilité manifeste que de chercher le gros rire. Un côté performatif, des scories normales pour un spectacle qui se présentait pour la première fois devant un public, qui méritent un bon réglage, le texte a sa finesse, son (non) sens, et ses excès, il a besoin d’un soutien qui souligne, pas qui renforce ni qui masque.
Presque par surprise, je me suis laissé embarquer par les premiers mots. J’ai toujours voulu dire des gros mots, mais je n’ai pas l’éducation pour. Elle est lâchée dans un monde dont elle a été isolée, dont elle a une connaissance parcellaire (mais poussée dans certains domaines) et théorique. Elle est lâchée, et elle doit se débrouiller seule pour y arriver. Sujet éternel, universel. Kelian Garau et Wanda Bernasconi l’abordent sous l’angle de la farce caustique qui râpe, leur allégorie fonctionne, jusques et y compris la double lecture que j’ai eue de la fin.
L’histoire d’une jeune femme lâchée dans le grand bain de la vie. Traitée par deux jeunes comédiens dont le mélange de maturité et de naïveté rafraichissant mérite votre attention.
Vu au Consulat Voltaire le 19/12/23
Mardi : 20h30
Durée : 1h00
Texte : Kelian Garau
Avec : Wanda Bernasconi
Mise en scène : Kelian Garau / Wanda Bernasconi
Visuel : DR
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Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
Une réflexion sur “Holidays – Consulat Voltaire – On a tous des gros mots à dire”