
Si tu t’en vas à La Reine Blanche : Kelly Rivière et Pierre Bidard, un dernier échange entre l’élève et la prof, son premier pas dans l’âge adulte, une belle réflexion sur la mission du professeur de lycée.
Sur la scène, les tables d’un réfectoire, pour quatre élèves, rangées pour le ménage, les chaises posées à l’envers sur leurs plateaux. Sauf la plus proche, une veste en jean sur le dossier d’une chaise, des copies. En vidéo, des interview. Des élèves, des professeurs, qui parlent de leur vie au lycée. Une grande lucidité. Madame Ogier arrive, l’allure d’un prof à qui on ne la fait pas. Elle s’assied, corrige des copies. Nathan, du fond de la salle… Voilà. Je suis venu vous dire au revoir, Madame. Ah tiens… te revoilà, toi !
Nathan a un business. Un business et un projet. Il vend des sneakers en ligne, et veut partir à Dubaï. Son business marche bien, il gagne déjà plus d’argent que son père. Pendant une heure, Nathan et Madame Ogier vont se parler. Un dialogue à cœur, que se passe-t-il avec son père, quelles sont les codes de ce business, qu’est-ce qu’on attend des profs du lycée, à quoi sert l’institution…
Quand Nathan arrive, il est décidé, il sait. C’est Madame Ogier qui doute. Nathan est décidé, est-ce qu’il est prêt ? Est-ce qu’elle est allée au bout de sa mission ? Il pourrait repartir sans revenir, et il revient. Il a besoin qu’elle entérine son choix. Une dernière copie, une dernière note, une dernière fois. En intégrant l’intime, elle va creuser, provoquer, réfuter. Sans franchir la barrière de l’intimité. Il l’a choisie comme professeur référent, elle n’est pas pour autant un parent de substitution. S’il est prêt, elle a fait le job. Le vrai job.
Le texte de Kelly Rivière va au bout du propos, sans rien lâcher. Il met chacun des deux protagonistes face à lui même à travers le miroir de l’autre. Il y a du doute, de l’intime. De l’humour. Tous les deux sortiront renforcés. Un texte travaillé, réaliste. Qui va chercher l’os du rôle de l’enseignant de sa mission, de sa place dans l’institution.
Sur scène, Kelly Rivière et Pierre Bidard déroulent une belle partition. Le lycéen sorti de l’adolescence qui entre dans la vie d’adulte, la prof qui sait que si son rôle est d’enseigner une matière à ses élèves, sa mission est de les mettre en condition pour leur vie d’adulte. Une vie où les problèmes n’ont pas forcément de solution, s’ils en ont ils en ont plusieurs, et personne ne sera là dans le rôle du cocon qui connait la meilleure.
Le dialogue a lieu en fin de journée, ce moment particulier où on ne distingue plus les chiens des loups. La mise en scène de Philippe Baronnet crée une ambiance crépusculaire, peut-être mieux adaptée à une salle plus intimiste.
A l’arrivée, ce qui a commencé comme le dernier échange entre l’élève et la prof est devenu sa première discussion d’adulte, une discussion où les émotions ont trouvé leur place. Le spectateur sort de la salle séduit, il se souvient peut-être de celui/celle de ses profs qui a joué ce rôle de référence, qui lui a forgé son humanité autant qu’enseigné une matière. Une belle réflexion sur la mission du professeur de lycée.
Au théâtre de La Reine Blanche jusqu’au 02/12/23
Mardi, jeudi : 18h00; samedi : 19h00
Durée : 1h00
Texte : Kelly Rivière
Avec : Pierre Bidard, Kelly Rivière
Mise en scène : Philippe Baronnet
Visuel :
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
Une réflexion sur “Si tu t’en vas – La Reine Blanche”