
Niquer la fatalité aux Plateaux Sauvages : Estelle Meyer dans une performance chorale, tribale, tripale, un dialogue avec Gisèle Halimi, un appel à sortir de la fatalité qui marque les femmes pour qu’enfin hommes et femmes vivent libres et apaisés
Au fond de la scène, un piano, une batterie. Devant, un fauteuil crapaud avec sa table d’appoint et son service à thé. Deux lampes sur pied. Un tabouret bas avec un nécessaire à encens. Gisèle ? Estelle ? S’il m’arrive quelque chose, tu me défendras ?
Estelle Meyer, ventre rond, entre, Bonsoir, un moment de détente pour elle autant que pour le public. Elle remonte sur scène, entonne Niquer la Fatalité. Raconte sa fascination pour Gisèle Halimi, l’avocate, la femme. Ses premières années, dans une famille judéo-tunisienne des années 1930, une fille est une déception pour son père. Comment elle, Estelle, a vécu son adolescence. C’est un dialogue à distance, deux générations, deux façons de sortir du moule, ce moule perpétué autant par les hommes que par les générations de femmes qui les ont précédées. Elle dit les faits, le deuxième sexe qui engendre le premier, et le monde entier. Elle dit les cranes qui surgissent. Elle dit les mots. Sang. Règles. Viol. Elle dit sa découverte du sexe, maladroite. Son expérience violente, forcée, un an plus tard, le même garçon, quinze ans pour mettre le mot dessus. Elle raconte le procès d’Aix en Provence en 1978, Anne et Araceli, la question du consentement, à la suite duquel la loi évoluera, qualifiera le viol de crime.
Mise en scène par Margaux Eskenazi, accompagnée de Grégoire Letouvet et Pierre Demange, Estelle Meyer est seule sur scène pendant près de deux heures. Elle chante, elle danse, elle parle. Elle est habitée, investie, généreuse. C’est un concert, c’est une conférence, c’est un dialogue à distance. C’est choral, tribal, tripal. C’est un hymne à la vie, un hymne à l’amour. Un appel à ce que le non soit non. Un appel à ce qu’homme et femme se retrouvent, libres et apaisés.
La salle est blindée, complète. Des femmes, des hommes. Des adolescentes, des pré-adolescentes, celles qui ont le plus besoin d’entendre le message, ce sont elles qui ont cette vie devant elles. Elle suit, attentive. A la fin, elle se lève d’un seul élan, dans une longue standing ovation.
Aux Plateaux Sauvages jusqu’au 27/09/23
Du lundi au vendredi : 20h00; samedi : 17h30
Durée : 1h45
En tournée :
Théâtre Des Îlets – Centre Dramatique National de Montluçon (03) : 13 et 14 février 2024
Théâtre Municipal Berthelot-Jean Guerrin – Montreuil (93) : 8 mars 2024
Le Pavillon – Romainville (93) : 10 mars 2024
La Ferme de Bel Ébat – Théâtre de Guyancourt (78) : 15 mars 2024
Le Rive Gauche – Saint-Étienne-du-Rouvray (76) : 19 mars 2024
L’Atmosphère – Espace culturel Jean-Montaru – Marcoussis (91) : 26 mars 2024
Le Grand R – Scène nationale – La Roche-sur-Yon (85) : 28 mars 2024
Scène nationale 61 – Alençon (61) : 16 avril 2024
Conception, écriture et interprétation : Estelle Meyer
Mise en scène et dramaturgie : Margaux Eskenazi
Composition musicale : Estelle Meyer, Grégoire Letouvet, Pierre Demange
Visuel : Pauline Le Goff
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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