Les Furtifs

Les Furtifs par la Cie Roland Furieux à l’Echangeur Bagnolet : une adaptation sonore et visuelle du livre d’Alain Damasio, un texte militant à réfléchir, une expérience sensorielle à vivre. Un sacré boulot, qui m’a chopé, surpris, séduit.

La scène est gréée pour un concert, praticables, pupitres, sièges. Les musiciens rejoignent leurs places, les acteurs aussi. Dans le silence, on entend claquer les pas des retardataires. A quoi tient une révolution ?

Cet été, j’ai lu Les Furtifs, en édition de poche, un livre d’Alain Damasio… assez inracontable. Un homme et une femme sont à la recherche de Tishka, leur fille disparue. Dans un univers où de grandes corporations ont pris le relais de l’état, où tout est privatisé, observé, dans lequel une forme de résistance s’est organisée. Dans cet univers, il y a un mystère, les Furtifs, une nouvelle forme de vie sous tous les radars, des êtres vivants qui absorbent le minéral, le végétal et l’animal, qui s’expriment en laissant des traces, dont on peut suivre la trace sonore, qu’on devine dans les angles morts de sa vision périphérique, qui se céramifient si on les observe, qui peuvent, au moment de mourir, poursuivre leur existence dans le corps de celui qui les a tués en les observant, en transmettant leur frisson. L’homme est un chasseur de Furtifs, la femme résiste à travers sa liberté d’enseigner à tous. Ils vont chercher leur fille dans un centre culturel fermé, un appartement. Les Furtifs laissent aussi des traces dans le livre lui même, à travers la typographie, les signes diacritiques adoptés. J’ai beau avoir une imagination fertile, Les Furtifs est un des rares livres où elle s’est avouée incapable de mettre des images sur ce que je lisais, Alain Damasio m’a emmené sur des chemins étranges, où on ne sait plus bien ce qui définit la vie, où le contrôle de la société est glaçant tellement il renvoie à l’actualité des données collectées par les sociétés privées et les caméras de surveillance, où l’espoir vient encore une fois d’une forme de résistance… J’étais curieux, j’ai été servi.

Les Furtifs, sur scène, c’est une expérience, un voyage. Un sacré travail d’adaptation, mené par Laëtitia Pitz et Benoît Di Marco, avec les complicités musicales de Xavier Charles et lumineuses de Christian Pinaud. Un putain de boulot, qui m’a chopé, surpris, et séduit.

Bien sûr, il y a l’histoire, en tout cas l’arc narratif principal, il est impossible de transmettre le détail de sept cent pages en une heure et demie. Il y a l’avertissement, l’incitation à ne pas abandonner le pouvoir aux corporations, l’invitation à ne pas se laisser mettre sous observation/surveillance constante.

Surtout, il y a les Furtifs, qui sont tout le temps là, qu’on ne voit jamais, dont la présence est rendue sous la forme de sons. Ce qui est à peu près aussi inracontable que le livre. Il n’y a aucun instrument électrique. Je n’avais jamais entendu sortir de ces instruments les sons qui en sont sortis. J’ai passé la moitié de la représentation les yeux fermés pour me laisser emplir par les émotions que transportaient les mots dits par les acteurs et les sons joués par les musiciens. C’était une expérience physique, un ascenseur émotionnel, où elles se transmettent par les vibrations, celles des sons, celles des voix. Comment vous raconter ce qu’on ressent quand un musicien fait le tour de la salle, passe derrière les spectateurs en soufflant dans sa trompette, et que ça colle au texte qui est dit à ce moment là ?

A aucun moment je n’ai lâché l’histoire. Dans les moments hauts, j’ai été empli, au sens le plus propre du terme, par les vibrations de mon cœur, de mes tripes. J’ai profité des instants où la tension baissait pour m’intéresser à la façon dont les musiciens utilisaient leurs instruments pour en sortir ces sons.

Le tout un peu au détriment de la lumière, nécessaire, hypnotique, perçue dans un angle mort, collant elle aussi au propos.

Maman Amour Papa. Le Frisson face à la mer. Si vous avez lu le livre, vous savourerez d’avoir la possibilité de ressentir ces moments au plus profond de votre être. Si vous ne l’avez pas lu, ils vous prendront par surprise.

Vivre Les Furtifs, c’est un peu une expérience. Une expérience à vivre. Une expérience qui élargira votre conscience, votre perception, votre réflexion.

A l’Echangeur Bagnolet jusqu’au 22/11/21
Les 17-18-19-22/11 : 20h30 / Le 20/11 : 16h00

Texte : Alain Damasio adapté par Laëtitia Pitz, Benoît Di Marco
Avec : Sébastien Béliah contrebasse, Patricia Bosshard violon, Benoit Di Marco voix, Xavier Charles clarinette, Benjamin Dousteyssier saxophones, Antonin Gerbal batterie, Louis Laurain trompette, Didier Menin voix, Anaïs Moreau violoncelle, Alexis Persigan trombone, Laëtitia Pitz voix, Marie Schwab alto, Sélim Zahrani voix
Mise en scène : Laëtitia Pitz
Compagnie Roland Furieux

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.