Artaud, le Mômo – Théâtre de Nesle

Au Théâtre de Nesle, Maura Baiocchi, danse, joue et raconte d’une façon la vie hallucinée d’Antonin Artaud, l’homme qui faisait délirer l’art et le théâtre. Je me suis laissé embarquer par sa performance, c’était un grand et beau moment.

Artaud

Antonin Artaud, né le 4 septembre 1896 est un homme de théâtre, il a essayé de le transformé, est sans doute à l’origine de nombreuses performances. Il a vécu, voyagé, sous l’influence des drogues, a été interné pendant neuf ans à Rodez. Il a écrit, mis en scène, fortement influencé des gens comme Jean-Louis Barrault. La liste de ses amis, c’est le monde de l’art des années 1920 – 1948. Sorti de la guerre et de l’hôpital psychiatrique, il va donner le 13 janvier 1947 au théâtre du Vieux Colombier une conférence unique, la dernière fois qu’il sera sur scène. Maura Baiocchi va nous faire vivre cette vie, la lutte d’Antonin Artaud, ses luttes, ses combats, sa volonté.

La pièce commence au fond de la salle. Non. Elle commence par des sons sourds derrière la porte de la salle, et Maura Baiocchi entre, déjà habitée, qui incarne l’Antonin Artaud qui fait fi de toutes conventions, de toutes contraintes, l’Antonin Artaud libre, elle va rester assez longtemps dans la zone.

Du coup je me retourne, c’est étrange, un bon tiers des spectateurs reste face à la scène, comme s’ils attendaient un acteur classique, debout au centre de la scène. Il y a le monsieur qui s’est endormi, celui qui se demande un peu ce qu’il fait là, la dame qui est fascinée…

Le voyage continue, celui d’Artaud, le notre. Maura Baiocchi est brésilienne, son texte est écrit sur un cahier qui fait partie de la mise en scène, elle s’y accroche, écrit dessus, l’utilisera pour éteindre une longue cigarette qui sent bizarre (rassurez-vous, si elle évoque les substances hallucinatoires, ça reste de l’eucalyptus).

La pièce suit le fil de la vie d’Artaud, qui suit le fil du temps. Nous voilà en Amérique du Sud, chez les Incas (pas les Aztèques, la phrase a sonné bizarre avec l’accent brésilien), Artaud est habité par sa recherche, Maura est habitée par Artaud. Et puis le temps des drogues, les visions, l’univers qui devient souple, hors sol. Ensuite, le temps de l’internement, d’autres drogues, les électrochocs. Maura m’a embarqué, je plane avec Artaud, souffre avec lui. Les mots disparaissent, la séquence est dansée, la musique lancinante.

Je jette un oeil sur les spectateurs, Maura Baiocchi les a tous embarqués, y compris celui qui dormait, celui qui se demandait ce qu’il faisait là, ils sont maintenant attentifs, hypnotisés.

Vient le temps du discours, celui Vieux Colombier, celui qui a subjugué le gotha de l’art qui est sorti scotché, silencieux. Les feuilles volent.

La salle applaudit, il reste la séquence finale, la maladie ronge, gagne, le corps d’Artaud se resserre, recroqueville, la vague l’emporte. Artaud est mort.

La pièce a duré près de deux heures, Maura Baiocchi n’a pas quitté la scène, j’admire l’effort du jeu, de la danse, la mise en scène épurée, au service du propos. La sécheresse, la tension. J’ai partagé la vie d’Artaud, sa liberté, les drogues, les électrochocs.

Bravo. J’ai été scotché. Bluffé. Par le propos. Par le jeu. Par Maura Baiocchi, son jeu, sa danse. Du grand jeu.

Au Théâtre de Nesle jusqu’au 22 novembre.

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