
La femme n’existe plus au Rond Point : Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent ont embarqué Valérie Karsenti et Cédric Moreau dans une uchronie où la femme a perdu tous ses droits. Une joyeuse farce décapante qui balance (presque) à tout va
Sur la scène, ce qui pourrait être un ancien hangar transformé en camp de fortune. Une grille d’aération a été forcée. On aperçoit une table, un bureau d’enfant, des sièges. Des jerrycans, pour eau, pour essence. Des caisses en bois, une caisse à outils. Dans le noir, une vibration lente. Une musique, jouée à l’envers. Quelqu’un arrive, impressionnant, s’allonge sur la table. Quelqu’un d’autre, tenue molletonnée orange, masque de métal brillant, voix métallique. Ava, c’est toi?
Souterraines mais souveraines. C’est ainsi qu’elles se présentent au téléphone dans cette uchronie. Dans ce monde où la femme a perdu tous ses droits, où on peut traverser la ville sans en croiser une, où l’homme les a tous, elles sont une cellule d’un mouvement de résistance au GRAF, Grand Retour Aux Fondamentaux, qui exerce le pouvoir. Elles sont trois, bientôt quatre. Elles vont participer à une manifestation, bien sûr interdite, à l’occasion de l’inauguration d’un monument pénien, à l’occasion de la Journée de l’Homme, sur la place Olivier Duhamel. Tout ne se passera bien évidemment pas comme prévu.
Sur scène, c’est une joyeuse farce. Ça balance, ça dénonce. Il y a Simone, statue du commandeur. Françoise, la psy. Delphine, l’actrice. Et Annie, l’activiste. Les curseurs grinçants sont poussés à fond, voilà Booba qui reprend les titres de Sardou, Delphine qui filme le tutorial d’un avortement maison. Toutes ensembles, elles répètent leur danse. Les noms tombent, entre #metoo et mur des cons, et les aphorismes fusent, la vie faut s’y prendre tôt, sinon c’est trop tard.
Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent ont embarqué Valérie Karsenti et Cédric Moreau dans un joli travail de troupe, on sent leur plaisir à tous les quatre à envoyer sans complexe un texte qui ne fait pas dans la dentelle ni toujours dans la subtilité, on reste admiratif des costumes créés pour le spectacle.
La femme n’existe plus sera vu par des spectateurs déjà convaincus qui l’apprécieront, qui sortiront renforcés d’avoir ri de leurs propres travers. J’ai bien sûr ri, parfois trouvé que… quand même ils exagèrent… un peu regretté que certains axes soient soigneusement détourés. Comme un Charlie qui ne tirerait pas tous azimuts.
Au théâtre du Rond Point jusqu’au 31/12/23
Du mardi au vendredi : 19h30 – samedi : 18h30 – dimanche : 15h30
Durée : 1h30
En tournée :
– 12 janvier 2024 : Théâtre Châtillon-Clamart (92)
– 18 janvier 2024 : Théâtre des 2 Rives / Charenton-le-Pont (94)
– 26 janvier 2024 : Le Beffroi / Montrouge (92)
– 22-23 février 2024 : Théâtre du Bois de l’Aune / Aix-en-Provence (13)
Texte : Céline Fuhrer, Jean-Luc Vincent
Avec : Céline Fuhrer, Valérie Karsenti, Cédric Moreau, Jean-Luc Vincent
Mise en scène : Céline Fuhrer, Jean-Luc Vincent
Visuel : Joseph Philippe Bevillard
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
Une réflexion sur “La femme n’existe plus – Théâtre du Rond Point”