Au nom du père…

Une pièce atypique, une enfant grandit au côté d’un père alcoolique, elle grandit dans la peur. Une pièce qui met mal à l’aise, qui change le regard qu’on porte sur les autres.

NdP
(c) Agathe Husting Cadenel

Au nom du père, du verre… et paf par terre ! Réussir malgré tout. C’est le titre complet de la pièce qu’a écrite Maryline Klein. Un titre qui dit tout. Presque tout.

Pour une petite fille, son père, c’est Superman. Un Superman qu’elle aime, protège, défend. Là, c’est ce Superman là :

Au nom du père est une pièce aussi tripale que cérébrale, de ces pièces dont le texte transmet l’essentiel, dont il ne faut pas manquer un mot. Une pièce qui parle de l’addiction, c’est l’alcool, c’est la Meuse, c’est surtout une addiction qui détruit.

Une pièce qui instille un sentiment, la peur. Entendez bien, pas  » faire peur », un bruit, un effet, on sursaute. Non. La peur de cette enfant. La peur glaçante, angoissante. La peur d’un bruit. La peur des coups. La peur du manque. La peur des rires. La peur.

Les parents ? Madame Sauce Tomate, des immigrés venus d’Italie à la génération précédente. Monsieur Alcool, la moitié du village de Meuse sont des cousins, tous boivent. De la bière, à flots.

L’enfant nait, elle a peur. Mais pour qui ? Son père n’est déjà pas là. Au bar. Pépé racontera l’histoire, qui la traite en adulte dès 5 ans. Elle va grandir, sans amour ni écoute, avec des cris et des lasagnes. Elle protège. Son père des autres. Sa mère de son père.

Elle va grandir dans les commentaires des voisins, l’indifférence des gendarmes, pas de sang, pas d’intervention. Pas d’espoir. Les médecins sont impuissants.

Elle va suivre son père, mais est-ce l’aimer, le suivre au bar, apprendre à tricher pour gagner une tournée, le suivre quand la mère demandera  le divorce, le suivre quand il faudra apporter le frigo pour payer la dette de bar. Etre là le dernier jour, elle a 20 ans, l’alcool a gagné.

C’est difficile de rendre un univers pareil, c’est difficile d’emmener le spectateur dans la peur d’une enfant, dans un univers instable où on ne peut s’appuyer sur rien. Le texte de Maryline Klein y arrive avec talent. Au texte glaçant, pétrifiant, la mise en scène ajoute la teinture de l’instabilité de l’univers, peut-être parfois trop, j’ai fini par apprécier ces moments qui me perdaient, ils apportaient une pause bienvenue à la peur.

Le texte est un monologue, est dit par deux actrices qui se renvoient la balle, comme deux faces de l’enfant, celle qui pourrait sombrer, se laisser emporter, suivre, et celle qui pourrait trouver la force, la force de se battre, se battre pour son père, se battre pour elle.

Vous pouvez supporter d’assister à une pièce qui vous déstabilise, qui vous laisse mal à l’aise à la sortie de la salle ? Allez voir Au nom du père. Vous aurez du mal à aller boire un verre après. Quand vous croiserez un homme ivre avec une enfant, vous ne jugerez pas l’homme, vous verrez la peur et le combat de l’enfant.

A La Maison des Métallos jusqu’au 20 octobre

Texte : Maryline Klein
Avec : Chloé Bonifay, Sarah Horoks
Mise en scène :Maryline Klein
Production : compagnie des Marlins

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s