
Furie à La Flèche : une plongée dans les émotions d’UNE pilote de F1, être une femme ajoute à la pression qui pèse sur ses épaules. Une belle exploration par Leonor Oberson de ce que permet l’espace du songe au théâtre.
Sur la scène, des carrés noirs et blancs, les cases d’un échiquier, le drapeau à damier qui sert à indiquer la fin des courses de F1. Les cinq cases du fond se retrouvent deux devant les spectateurs. Dans l’ombre à cour, on aperçoit un modèle réduit de F1, une combinaison, un tableau carré gris. Sur le fond de la scène, la vidée d’un podium. Hélène Chatterton est arrivée d’un pas pesant, elle mime avec une bouteille d’eau les gestes d’Ayrton Senna, le pilote récompensé. Avant, il y a tellement de jours et tellement de nuits…
Hélène Chatterton, surnommée Furie, est la première femme à prendre le départ d’un grand prix de Formule 1 depuis Leila Lombardi en 1974. Son idole, c’est Ayrton Senna. Mort en 1994 sur le circuit de Tamburello. La voilà à 18 ans, elle est en Suisse, revenue du Japon, elle attend un baquet en F1. Un autocollant Ayrton Senna l’aidera à rentrer en contact avec Ferrari.
Furie emmène le spectateur dans la nuit qui précède son départ. Elle a du mal à s’endormir, son sommeil est perturbé. Le spectateur sent la pression peser sur ses épaules. Elle remonte le temps. L’époque du kart, héritage passionnel venu du père. Les interviews. Le coéquipier. Un besoin d’eau, de fraicheur. La nausée.
Leonor Oberson décrit un univers à tout le moins paternaliste, voire patriarcal. Un univers où Hélène Chatterton doit plus qu’un autre justifier sa place, recevoir des conseils machistes plus qu’avisés. Quand elle est interviewée, c’est par une journaliste qui répète les poncifs sans aucune trace de sororité. En plaçant Furie dans l’espace du songe, elle peut forcer les émotions, s’affranchir des contraintes de temps, d’espace, de logique. Garer une F1 dans le parking d’un hôtel, et partir au ralenti se promener en ville avec. Elle le fait sans en abuser, sans perdre son spectateur, qui interprétera à sa façon certaines allégories. Son jeu est brutal, intense, une intensité qui la déborde parfois.
Furie est une plongée dans les émotions d’une pilote de F1 dont le fait d’être une femme ajoute à la pression qui pèse sur ses épaules. Et d’être la première depuis cinquante ans encore plus. Un spectacle qu’on verra avec plaisir, une belle exploration émotionnelle de ce que permet l’espace du songe au théâtre.
Au théâtre La Flèche jusqu’au 08/12/23
Vendredi : 19h00
Durée : 1h00
Texte : Leonor Oberson
Avec : Leonor Oberson
Mise en scène : Leonor Oberson, Clémence Coullon
Visuel :
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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