
Pan et Syrinx à La Flèche : poursuivie par le désir de Pan, la nymphe Syrinx trouve le salut dans sa disparition au milieu des roseaux. Matthias Deau transpose le mythe dans un environnement urbain. Une bonne idée dont le fil mériterait d’être mieux tiré.
Sur la scène, Pan dort sous sa couette. Il dort mal, consulte son téléphone. Se réveille, regarde un p***o sur son ordinateur en mangeant des chips. Joue (faux) de la flûte à bec.Du fond de la scène, une lampe arrive. Merci…
Pan, le dieu aux pieds de bouc, exilé sur terre pour sa laideur. Il est sauvage et colérique, il se veut artiste. Apercevant la nymphe Syrinx, il veut la posséder, elle fuit, il la poursuit. Elle se réfugie dans un marais, il croit l’attraper, il n’a en main que quelques roseaux. En colère, il les brise en morceaux, soupire, voilà Syrinx, la flûte de Pan.
Adaptant des textes de Jules Laforgue, poète symboliste, et de Leonid Andreïev, journaliste russe, Matthias Deau transporte la légende dans un environnement urbain contemporain. Pan, Syrinx, un narrateur, la transposition fonctionne, défendue sur scène par une distribution engagée physiquement, et rafraichissante. Matthias Deau est un Pan prédateur; Jeanne Bodelet est Syrinx, encore ingénue; Max Libert est le narrateur guitariste, un chœur à lui tout seul. Matthias Deau signe également la mise en scène. Parfois brouillonne ou chargée, voire peu ragoutante, elle a le défaut de vouloir tirer vers la performance et de faire perdre le fil d’un texte intéressant, parfois lyrique, toujours profond. Ce qui commence comme une farce lourdingue finit en une prégnante tragédie.
Il y a un vrai quelque chose dans cette pièce qui met face à face un homme frustré dont la solitude devient prédatrice et une fraiche ingénue qui trouve son salut dans la fuite et sa disparition, et la transposition la rend bigrement actuelle, tendez l’oreille dans les rues ou sur les quais du métro.
Je suis sorti avec le sentiment mitigé d’une pièce qui tient une bonne idée mais qui ne va pas au bout de sa défense. Si la transposition du mythe dans un environnement urbain fonctionne et qu’il est malheureusement toujours trop d’actualité, j’ai regretté que les effets recherchés dans la mise en scène nuisent à la compréhension du texte.
Au Théâtre La Flèche jusqu’au 07/06/24
Vendredi : 19h00
Durée : 1h10
Texte : Jules Laforgue, Leonid Andreïev adaptés par Matthias Deau
Avec : Jeanne Bodelet, Max Libert, Matthias Deau
Mise en scène : Matthias Deau
Compagnie : La Faute
Visuel : Sacha Nicolas
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur http://www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Pan et Syrinx : le prédateur frustré qui poursuit l’ingénue… mythe ou réalité dans notre environnement urbain ?”