Bilan 2016

C’est l’heure des bilans ? Allons-y. Je viens de repasser la liste des spectacles vus cette année, il y en a 155. Avec forcément des mauvais souvenirs, et malheureusement des absences totales de souvenirs, des pièces que j’ai vues, et même en faisant un effort, je ne me souviens de rien.

En haut du podium, hors catégorie, Le Conte d’Hiver, vu au Théâtre 13. Avec Baroudeur, on l’a vu 3 fois en 15 jours, et on regrette de ne pas l’avoir vue encore. Je crois que je suis tombé amoureux, amoureux d’une pièce de théâtre, du coup j’ai compris que l’amour impossible pouvait exister, compris comment un cœur perdu pouvait aller acheter son pain à l’autre bout de la ville pour simplement sentir le parfum de celle qu’il aime et qui ne l’aimera jamais. Evidemment, je n’irai pas à Andrézieux-Bouthéon (oui, la ville de L’Echo de la Fouillouse), mais à Pontault-Combault, à Chevilly-Larue… c’est là, si vous voulez venir.

Maintenant que j’ai triché… passons au podium.

Sur mon podium, je voudrais mettre 3 salles, parce qu’une salle c’est une ligne éditoriale, le choix forcément subjectif de faire venir une pièce ou pas, et que je fais une confiance aveugle à certaines salles de ce point. Il y a le Théâtre 13, La Folie Théâtre, et le Ciné 13 Théâtre, trois salles dans lesquelles je vais les yeux fermés, en confiance, voir les pièces qui y sont programmées simplement parce qu’elles y sont programmées, trois salles dans lesquelles j’ai eu de très belles surprises.

Je voudrais, sur le deuxième marche de mon podium, mettre de ces belles surprises… je voudrais juste citer Transsibérien si je suis, Hobobo, Mademoiselle Frankenstein et Bigre, les pièces qu’on a vues, voire revues, de vrais moments de magie théâtrale.

Evidemment, Le Cirque Invisible est passé au Rond Point, et évidemment on l’a vu, encore.

Une catégorie à part, les pièces bonbon, mes pastilles Valda, ces pièces sans prétention que j’ai vues et après lesquelles je me suis senti tellement bien, des pièces de troupe, entrainantes. Cette saison, il y a eu Comédiens, et La Vie est Une Chienne, Jordan.

Une catégorie rien que pour eux, parce que je me demande comment ils vont évoluer, parce que j’aime ce qu’ils font : la Compagnie du Homard Bleu, qui ose s’attaquer au Monstre Sacré, qui le fait avec talent. Leur Bourgeois Gentilhomme partait un peu dans tous les sens, avec Le Mariage Forcé de Georges Dandin, ils se sont canalisés, affutés, le message est devenu clair, je les attends de pied ferme l’an prochain.

Allez, bonne année à tous !

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

Baroudeur et Fléchette ont voulu revoir Bigre, alors on y est retournés, à nouveau au premier rang de balcon, l’endroit d’où on est le mieux placé pour goûter la pièce. A cour, cette fois-ci, la dernière fois on était à jardin, un point de vue un peu différent, une perspective un peu différente.

J’ai retrouvé les gags explosifs que j’avais adorés en juin dernier, vu des détails qui m’avaient échappés. Certaines pièces passent en roue libre quand elles durent, l’équipe de Bigre tient le choc, ils jouent , ils jouent bien, ils jouent chaque détail à fond. Au contraire, est-ce le jeu de l’attention qui attend le gag, j’ai eu le sentiment que chaque détail avait été revu, poussé, travaillé.

Je les ai revus comme on revoit des amis, les mines de Pierre Guillois en particulier, toujours magique, toujours fascinant, en particulier. Ils sont toujours aussi maladroits, rien de ce qu’ils tentent ne réussit, c’est leur vie.

Un geek maniaque de la propreté, un écolo barbu, une parisienne maladroite, l’un a un peu grossi, le second a amélioré ses grimaces, les cheveux de la troisième ont poussé. Les gags s’enchainent, les cataclysmes aussi, ils tentent de maitriser leurs vies, rien ne fonctionne, et les sentiments non plus. On rit de leur maladresse pour ne pas s’interroger sur notre chance ? Sans doute, et ça fait du bien !

Plus ça va, moins ça va, plus les défaillances de la mécanique et des cœurs pourraient les toucher, plus elles les touchent, jusqu’au paroxysme final, quand leur joie fait exploser le happy end.

La salle, comme la première fois, était pliée, et a longuement applaudi à la fin.

Le site du théâtre

 

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

En une phrase : sans un mot, les grands moments de la vie quotidienne de 3 habitants de chambres de bonnes, sous un toit de Paris


Au milieu, l’écolo recycleur. qui vit dans une chambre encombrée, dort dans un hamac. À gauche, le geek, chambre épurée qui se commande au claquement de doigts. À droite va arriver la fille, qui apprend ses métiers dans les livres. Ah, et toilettes à l’étage.

Bien sûr l’arrivée de la fille va perturber un quotidien fait de petits mépris, et de grands ratages, la pièce ira crescendo jusqu’à… l’explosion finale.

Les trois comédiens jouent sans un mot, c’est Buster Keaton qui est là avec ses mimiques, ses air.

C’est la vie, qui se dérègle, où au fond rien ne marche. Agathe L’huillier, La fille s’entrainera (sur ses voisins) à devenir ostéopathe, coiffeuse, infirmière. Le coeur solitaire du Geek qui chante J’ai encore rêvé d’elle dans un yaourt allemand se dérèglera comme le désordre entrera dans sa chambre immaculée. Pierre Guillois, auteur/metteur en scène, est magique en écolo imperturbable.

La salle est pliée de rire pendant une heure et demie, les moments s’enchainent, les quiproquo s’appuient sur le plus parfait non sens le plus logique possible.

En écrivant ces mots, les images me reviennent, une toilette automatique intempestive, un vide ordure, un moustique, un lapin, un poisson. C’est la magie de Bigre, cette alchimie équilibrée entre des moments visuels qui se succèdent, qui construisent une histoire émouvante.

Quand je suis allé réserver les places, j’ai décliné l’âge des « moins de 26 ans », finissant par 7 et 6 ans. « Je ne peux pas vous vendre des places pour des enfants aussi petits, attendez », et nous voilà partis dans les entrailles du théâtre, la scène était en cours d’installation. On croise un barbu (oui, l’écolo), « ce monsieur veut venir avec un enfant de 7 ans, je ne lui vends pas de places ? ». « 7 ans ? au contraire, il va être plié en deux d’un bout à l’autre, mets-le au premier rang de balcon pour qu’il voit bien tout ».

C’était exactement ce qu’il fallait faire. Comme toute la salle, 7 ans a rigolé du début à la fin, 5 ans aussi (j’avais un peu survendu la chose), même si elle n’attendait plus que son lit à la fin.

Un très beau moment, d’utilité publique en cette fin de printemps maussade.