Les Boulingrin et autres pièces – Théâtre Pixel

En une phrase : 4 petites pièces de Courteline s’enchaînent pour explorer l’ambigüité de l’âme des couples.


La première piécette rapidement terminée donne le ton du spectacle, des plaisanteries datées voire éculées, clamées bien trop fort à destination d’une troupe de cheveux gris heureux de revivre le souvenir des jeunes années de leurs parents, l’époque des jeux de mots-vais.

La mise en scène prend le parti pris de l’excès. Rôles surjoués, mimiques permanentes, acteurs surexcités, répliques hurlées, rien ne parait sous contrôle. Et de la prétention. Une introduction pompeuse, un peu méprisante, qui nous explique que la relecture du Misanthrope sera essentielle à la compréhension de la deuxième piécette. Un salut final auquel ne manquaient que Roger Harte et Donald Caldwell.

J’ose… un spectacle dont le public, en maison de retraite, appréciera qu’il lui fasse retrouver sa jeunesse et son audition.

Au milieu de tout ça ? Louise Duhamel, qui joue, de façon très calme, très posée, sans céder à l’excitation ambiante, la plus salope de la soirée.

L’Orque qui voulait manger des fraises – Théâtre Pixel

En une phrase : un peu de magie maladroite, d’ombres chinoises et de jeu bancal pour une histoire abracadabrante d’orque qui veut manger des fraises.


Le théâtre jeune public, c’est difficile. Je crois que ça doit leur ouvrir l’esprit à quelque chose, une initiation aux arts vivants, un principe, que sais-je encore. J’ai du mal avec les spectacles qui content une histoire sans trop de queue ni même de tête en mode Guignol.

L’orque, c’est un survol. Un peu de ballons, quelques tours de magie dont la petite fille derrière moi voyait les trucages, une séquence finale interminable. Tant qu’ils ne voient pas les ficelles, ils rentrent dedans, au delà ils soupirent. La frontière doit être l’entrée au primaire, les petits présents ont adhéré et marché, les grands ont passé un  bon moment de détente, aussitôt oublié.

Le Vilain Petit Canard – Théâtre Pixel

En une phrase : le conte d’Andersen, visité par un clown qui nous fait percevoir ce que ressent celui qui est exclus pour sa différence


Le clown est la face du comédien qui partage ses émotions avec le spectateur. Éric Tinot nous fait partager les siennes, successivement Mère Cane, Vieilles CanCanières, Canard Différent. Un bain d’émotions, d’imagination, immersif, captivant.

Le sentiment d’exclusion, l’amour inconditionnel de la mère, le frisson de la froidure de l’hiver sont là, palpables, tangibles, imprégnant.

Bien sûr, le caneton deviendra cygne, la qualité de la pièce n’est pas dans sa morale, elle est dans cette pluie d’émotions.

La belle insomniaque – Théâtre Pixel

En une phrase : si la Belle au bois dormant n’arrive pas à trouver le sommeil, le conte trouvera-t-il sa fin ?

Au grand dam de ses parents (bloqués en thalasso) et des fées, Aurore, maintenant 137 ans, ne trouve pas le sommeil ni l’amour, et son baiser volontariste à Charmant, qui traîne ses jours dans un bar Pagnolesque, n’aura pas de résultat. Dans un conte, les péripéties finiraient par rétablir la situation. Là…

Le flyer assume un conte très très con…te, j’ai finalement été agréablement surpris. Ça pourrait facilement dérailler, et ça ne déraille pas. J’ai ri de bon cœur, la pièce est enlevée, les acteurs convaincants, ils arrivent à forcer les traits sans en faire des tonnes. La pièce surfe sur les limites, sans les franchir, et du coup amuse un public de 7 à 77 ans.

Cécile Vigne – la princesse – joue vraiment très bien une princesse délurée, David Dever – Charmant – traîne un faux air de Marc Lavoine 1980.

On a bien ri, passé un bon moment. Sans prise de tête. C’est l’essentiel !

Quelque part au milieu de la nuit – Pixel

En une phrase : l’histoire d’une fille, qui ramène chez elle sa mère, qui perd la mémoire, la tête.

Elle m’a pris aux tripes, cette pièce. Elle est un peu courte (45 minutes), on se retrouve sur le trottoir sans avoir vu le temps passer.

C’est plein de bonté.

Deux jours après, il n’en restait rien d’autre que le souvenir que la mère jouait bien mieux que la fille.

Et, étrangement, plus le temps passe, plus la pièce redevient présente, surtout le rôle de la mère.

C’est un objet étrange, cette pièce.