Le Tartuffe – Petit Théâtre de Naples

Une intéressante vision colorée secoue et actualise la pièce de Molière au Petit Théâtre de Naples, par la Compagnie Icare de Naples, sous la direction de Patrick Rouzaud assisté de Sonia Ouldammar. Je l’ai trouvée d’une grande actualité, en cette avant veille de second tour d’élections présidentielles, qui devraient voir une nouvelle armée de faux dévots s’incliner devant le monarque nouveau.

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Trahisons – La Croisée des Chemins

Elles ont commencé à parler dès les saluts, on aurait dit deux Vamps, flétries devant leur télévision. Elles ont continué, pendant toute la pièce, j’étais 4 rangs derrière elles, je les entendais commenter pour le plus grand bénéfice des acteurs et des spectateurs ce qui se passait sur scène, se demander si le contenu de la bouteille de whisky est de l’alcool ou du jus de pomme, apprécier telle réplique, rire de telle situation, applaudir tel moment.

Deux Vamps, sourdes et desséchées devant leur télévision, commentant en s’esclaffant la rediffusion matinale d’une pièce de boulevard vue et revue, alliant la créativité de Poiret à la gouaille de Maillan, connue par cœur, et commentée dans l’intimité de leur salon, je l’imagine couvert de ces petits ouvrages au crochet…

La salle était pleine, désarçonnée devant ce comportement. L’une bougeait pour essayer d’entendre, l’autre regardait son compagnon d’un air furieux et assassin.

Et directement sous le feu des commentaires, Sonia Ouldammar, Lajos Kulcsar, Mahmoud Ktari et Aymeric Marvillet ont tenu bon, je les en admire. Que restait-il de la mise en scène de Patrick Rouzaud, il faudrait que je retourne voir la pièce pour le savoir. Il a poussé la logique de la pièce à rebours jusqu’au bout, laissant le spectateur sur une frustration à la sortie de la salle, frustration amplifiée par la volonté de fuir enfin… vous savez, comme quand, en descendant du taxi, on échappe enfin aux blagues éculées qu’on entend sur RTL en fin d’après midi.

Avec une nuit de recul, le résultat est étrange. Un Jerry désabusé à la fureur rentrée, une Emma déstabilisée, un Robert machiavélique aux yeux brillant de colère, ce n’est pas le Trahisons qu’on peut voir d’habitude. Le hasard a donné des moments intéressants, des moments que je vais garder pour moi, parce que je vous souhaite, je leur souhaite, de ne pas les vivre à nouveau. Mais est-ce vraiment du hasard ?

Le site de la compagnie

Le site du théâtre

Les justes – Petit théâtre de Naples

Une représentation particulière de cette pièce de Camus, qui rend intemporelle l’actualité qui plombe nos infos. Une représentation où l’amitié était essentielle.

Le petit théâtre de Naples n’a pas d’enseigne extérieure, dans la cour d’une organisation qui accueille les étudiants, on se croit revenu dans American Graffiti, une salle de bal, une scène sur laquelle 5 musiciens jouent des grands standards.

J’emmène régulièrement l’écosystème de la société au spectacle. L’écosystème, ce sont ses salariés, ses clients, ses partenaires techniques et commerciaux, son avocat… les gens qu’on aime bien et avec qui on a du plaisir à fonctionner ensemble. Jusqu’à présent, c’était des spectacles faciles, des noms au théâtre Edouard VII, un Prénom, en fait, Le Quatuor intemporel de l’ami Jean-Yves Lacombe, les improvisations de Thomas Boissy, le Poisson Belge, des spectacles de fin d’année. Ce soir, la pièce était plus dure, surtout nous occupions toutes les places du théâtre, le Petit théâtre de Naples porte bien son nom.

La compagnie Icare, connue au hasard des pérégrinations des P’tits Molières, à travers Patrick Rouzaud, encore une histoire de hasards et d’amitié.

La troupe, venue jouer pour nous, une dernière fois, 12 jours après avoir donné la dernière représentations. Les mêmes acteurs, les mêmes placements, le même texte, une ambiance… différente, quand je l’avais vue en mai, l’ambiance était dure, ce soir il y avait une sorte de nostalgie.

De longs applaudissements, à la fin, pour remercier les acteurs de ce qu’ils avaient donné, on se retrouve rapidement dans un bar à vin, tous ensemble.

La représentation, pour eux, était particulière. Une vingt troisième fois imprévue, hors du rythme initial. Une dernière visite. Un adieu à ces personnages avec qui ils ont passé l’année, en septembre ils commencent à répéter un Tartuffe… dans lequel Tartuffe sera joué par une femme.

C’était un moment particulier, unique à tant de points de vue. Un de ces petits bons moments qui font que la vie parait plus belle.