Trahisons – La Croisée des Chemins

Elles ont commencé à parler dès les saluts, on aurait dit deux Vamps, flétries devant leur télévision. Elles ont continué, pendant toute la pièce, j’étais 4 rangs derrière elles, je les entendais commenter pour le plus grand bénéfice des acteurs et des spectateurs ce qui se passait sur scène, se demander si le contenu de la bouteille de whisky est de l’alcool ou du jus de pomme, apprécier telle réplique, rire de telle situation, applaudir tel moment.

Deux Vamps, sourdes et desséchées devant leur télévision, commentant en s’esclaffant la rediffusion matinale d’une pièce de boulevard vue et revue, alliant la créativité de Poiret à la gouaille de Maillan, connue par cœur, et commentée dans l’intimité de leur salon, je l’imagine couvert de ces petits ouvrages au crochet…

La salle était pleine, désarçonnée devant ce comportement. L’une bougeait pour essayer d’entendre, l’autre regardait son compagnon d’un air furieux et assassin.

Et directement sous le feu des commentaires, Sonia Ouldammar, Lajos Kulcsar, Mahmoud Ktari et Aymeric Marvillet ont tenu bon, je les en admire. Que restait-il de la mise en scène de Patrick Rouzaud, il faudrait que je retourne voir la pièce pour le savoir. Il a poussé la logique de la pièce à rebours jusqu’au bout, laissant le spectateur sur une frustration à la sortie de la salle, frustration amplifiée par la volonté de fuir enfin… vous savez, comme quand, en descendant du taxi, on échappe enfin aux blagues éculées qu’on entend sur RTL en fin d’après midi.

Avec une nuit de recul, le résultat est étrange. Un Jerry désabusé à la fureur rentrée, une Emma déstabilisée, un Robert machiavélique aux yeux brillant de colère, ce n’est pas le Trahisons qu’on peut voir d’habitude. Le hasard a donné des moments intéressants, des moments que je vais garder pour moi, parce que je vous souhaite, je leur souhaite, de ne pas les vivre à nouveau. Mais est-ce vraiment du hasard ?

Le site de la compagnie

Le site du théâtre

Les Justes – Théâtre de Naples

En une phrase : la vie d’une cellule révolutionnaire, ses doutes, ses luttes et sa conscience, pendant et après l’assassinat du Grand Duc Serge


La mise en scène épurée de Patrick Rouzaud met en exergue la force du texte de Camus, tout aussi daté que présent dans l’actualité dramatique des attentats de janvier, novembre, Bruxelles… Si tous les révolutionnaires pouvaient avoir une conscience, à tout le moins une intelligence, a minima la capacité d’entendre et comprendre…

Pour une troupe dans laquelle se mélangent acteurs amateurs et professionnels sans qu’on puisse les distinguer, BRAVO. Plus l’acteur est près de l’action, de ce moment où il devra jeter une bombe; plus son jeu est en retrait, plus il en est loin, plus son jeu est naturel. La tension des âmes en devient palpable.

Au long de leur jeu, précis sur une scène dénudée, on sent les tensions, les doutes, la source des certitudes, la faille que masque la certitude de chacun.

À la fin, est-ce l’amour ou la mort qui gagne ? Dans ma lecture incorrigiblement optimiste, le dernier choix est un choix dicté par l’amour plus que par le désespoir.

L’architecture typée du lieu aide à donner à la pièce son intemporalité, on pourrait être au bal de fin d’année d’un lycée US au milieu des années 50.