Je m’appelle Adèle Bloom – Phénix Festival

Je m’appelle Adèle Bloom : un sujet pas facile, une jeune femme dans le piège de la psychiatrie en 1950. Sur le texte de Franck Harscouët, Armelle Deutsch est magnifique. Une pièce splendide, à voir absolument.

Sur la scène, un piano, un lit, un bureau. Un poste de radio. Et une armoire. Une femme s’assied au piano, pose dessus une poupée qui lui ressemble étrangement. Nous devons tous nous soumettre à Dieu, voix off. Une femme sort de l’armoire, une valise à la main. Ferme la bouche, méfie-toi.

Et là vous arrêtez de lire, vous réservez votre place, vous allez voir la pièce.

On est dans un hôpital psychiatrique, à Providence, la ville natale d’HP Lovecraft, juste après la guerre, en 1948. Au piano, c’est Rose Kennedy. La sœur de, pas la mère. On l’apprendra plus tard. Celle qui arrive, c’est Adèle Bloom. On va redécouvrir les excès de la psychiatrie de l’époque, électrochocs, lobotomie, décision des proches. On va suivre Adèle Bloom pendant ses huit ans d’internement, dont elle sortira…

Non. On ne va pas la suivre. On va vivre avec elle ces huit années. Ses rencontres, ses espoirs, ses luttes. On va souffrir avec elle. Les traitements qu’elle va subir, les transferts d’un pavillon à un pavillon plus dur. L’opération, la sortie. Sans forcément savoir ce qui relève de sa réalité, et ce qui relève de ses illusions.

Si le texte de Franck Harscouët m’a embarqué, le jeu d’Armelle Deutsch m’a fasciné, hypnotisé. Vous vous souvenez de Danielle Darrieux, la Dame Rose qui prenait dix ans à chaque scène ? J’ai vu Armelle Deutsch souffrir, maigrir. Fragile fracassée, ne plus avoir que la peau sur les os. Et puis se remplumer. Reprendre vie.

A côté d’elle, Laura Elko, son piano qui joue Chopin, sa marionnette qui parle à sa place. Elle habite une Rose Kennedy lunaire, ponctue la pièces de respirations romantiques. Face à elle, Sophie-Anne Lecesne déploie la palette de son art, successivement infirmière chef, patiente, mère d’Adèle. Et Philippe d’Avila, Méphisto de la psychiatrie qui enchaînera les lobotomies trans-orbitales, qui mériterait une pièce dédiée.

Je pourrais vous parler du décor, de la bande sonore, de la lumière.

Je pourrais vous parler des points de vue qui irriguent la pièce, des interrogations qui vont naître en vous.

Tout est bon, au point. Un écrin dans lequel Armelle Deutsch va s’étioler, se faner, s’éteindre. Repartir.

Allez voir Je m’appelle Adèle Bloom. Vous allez sombrer, vous laisser emporter dans la tempête. Aimer le personnage, admirer l’actrice. Revivre. Et applaudir, encore et encore.

Au Studio Hébertot les 16-17-18/06/22 : 21h00
Avignon 2022 : La Condition des Soies : salle Molière, 21h40

Texte : Franck Harscouët
Avec : Armelle Deutsch, Sophie-Anne Lecesne, Philippe d’Avilla, Laura Elko
Mise en scène : Franck Harscouët

Visuel : Franck Harscouët

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