2 films sinon rien !

2 films sinon rien ! En écho aux soirées TV dominicales, Jean Baptiste Gillet nous emmène sur les traces de La Vache et Le Prisonnier et de Dupont Lajoie, une soirée contrastée à savourer, où il nous parlera avec la même conviction d’un film fédérateur et d’un chef d’œuvre clivant qui a ouvert la conscience politique de toute une génération.

La scène est minimaliste, on est dans la cour d’une brasserie, pas sur la scène d’un théâtre. Une enceinte amplifiée, un micro perché sur son pied, un iPad. Une chaise, sur laquelle sont posées deux vestes. C’est presque l’heure de la représentation, ou de la séance, Jean-Baptiste Gillet s’excuse de ne pas mettre de chemise, il fait chaud, propose d’attendre encore cinq minutes, distribue du pop corn, on est au cinéma. Sucré, salé, il a le choix. Voilà l’angélus qui sonne. « Tu as quel âge ? 12 ans ? j’avais à peu près le même âge quand raisonnait la musique du film du dimanche soir, qu’on expédiait la vaisselle pour gagner la course pour la meilleure place ».

Jean-Baptiste Gillet nous emmène dans deux films, La Vache et le Prisonnier, et Dupont Lajoie. Il nous embarque dans un récit personnel, tresse autour de chacun une histoire personnelle, il évoque l’essentiel du film, le replace dans un contexte, le colore de chansons. De chacun, il fait un road movie, avec musique, conte et anecdotes. Chacun d’eux commence par une date.

12 septembre 1992 : TF1 projette La Vache et Le Prisonnier en version colorisée, la crise secoue le cinéma français, Truffaut interdit par testament qu’on colorise ses films, Pierre Tchernia (Monsieur Cinéma, Jeudi Cinéma, Mardi Cinéma de 1967 à 1987) n’est pas contre. 26 février 1975 : sortie de Dupont Lajoie, la salle test est vide, l’ouvreuse rassure Yves Boisset, « ça va marcher avec le bouche à oreille, revenez vendredi 17h00 », la salle est comble.

Je suis entré dans la représentation convaincu et sur mes gardes. Convaincu par le souvenir de Nos Films – Saison 1, qui m’avait pris par surprise, et dont j’apprendrai plus tard dans la soirée que l’idée originale vient de La Vache et Le Prisonnier. Sur mes gardes parce que je n’aime pas particulièrement Fernandel ni La Vache et le Prisonnier. Sur mes gardes parce que, si Dupont Lajoie a ouvert la conscience politique de toute une génération, son sujet est clivant, et violent.

Je passe rapidement sur La Vache et Le Prisonnier que je n’ai jamais vu qu’à la télévision, d’ailleurs Jean-Baptiste Gillet n’aime pas Fernandel non plus, il nous présentera l’homme sous un jour détestable, habillera l’impact du film d’une séquence à l’Elysée dont on adorerait qu’elle se soit réellement déroulée de la sorte. J’en ai oublié le film et son acteur principal, et me suis laissé embarquer. Baroudeur, pour sa part, était hypnotisé.

Dupont Lajoie, j’avais vu le film en salle, d’ailleurs c’est là qu’il faut voir les films, dans l’obscurité, au pied d’un écran plus grand que soi, pour se laisser avaler. Un mode différent, que Jean-Baptiste Gillet remet en perspective, la perte de l’Algérie, la fin des 30 glorieuses, le premier choc pétrolier, l’Arabe est le bouc émissaire pour une frange de la France qui revendique l’héritage de Charles Martel. Une France où le prix de la vie est différent, 15 000 morts sur les routes pour 52 000 000 d’habitants. Et les attentats du groupe Charles Martel.

Jean-Baptiste Gillet va parler du casting, des acteurs à l’emploi de « français moyen » et qui jouent souvent des second rôles, il leur rend un hommage appuyé. Du tournage, que Charles Martel tentera d’interrompre à jets de pierres, de grenades et de cocktails Molotov. Des figurants, campeurs lambda qui échangeront leurs gourdins de mousse pour de vrais bâtons. De Jean Bouise et de sa personnalité particulière.

Il va parler de l’action culturelle qu’il a mené en construisant ce projet, de sa résidence dans un collège, des réactions des collégiens de troisième. Jouer sur le mot pilier, sur le chiffre cinq.

Et du film. Tout est là, ce qui n’est pas dit est esquissé, ou dessiné par la musique. Le départ du bistrot, l’arrivée, l’apéro. Le bal. Le bain au soleil, le viol, le meurtre. La ratonnade. La complaisance des autorités. Tout, sauf la fin. La pièce s’arrête sur une réplique de l’inspecteur Boulard. Au delà de tous les sujets qu’elle aborde, cette phrase la renvoie dans notre actualité, si on gratte le vernis protecteur de notre civilisation, qu’est-ce qui reste ? Écoutez les radios, lisez les gazettes, un certain discours n’a pas changé, et la conscience politique de chaque génération reste à éduquer.

Je suis sorti étrangement tiraillé. La France agricole des années 50-60, la France des années 70 où les morts commencent à compter ont beau avoir disparues depuis longtemps, certains remugles sont toujours là, nauséabonds.

Fléchette a écouté, observé. Le lendemain, on a tiré quelques fils, elle a l’âge où il faut tirer ces fils. Et elle pense, avec raison, qu’il faut avoir une certaine maturité pour voir cette séquence.

Le concept de Nos Films est solide, il tient le choc du temps de des sujets. Quand la saison 3 passera près de chez vous, si vous avez la chance d’être sur le chemin de la tournée improvisée 2 films sinon rien !, n’hésitez pas. Dupont Lajoie est dans les deux.

De et par : Jean-Baptiste Gillet

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